Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|
Le Sénat argentin a rejeté dans la nuit de mercredi à jeudi, par une seule voix inattendue, celle du vice-président, un très controversé texte de loi gouvernemental sur la hausse de la taxe à l'exportation pour les produits agricoles, qui avait provoqué depuis quatre mois d'importants mouvements de grève des agriculteurs dans tout le pays et une pénurie dans les approvisionnements en céréales au niveau régional.
A l'issue d'un débat houleux qui a duré 17 heures, les sénateurs ont rejeté le texte par 37 voix à 36. C'est le vice-président Julio Cobos, également président du Sénat, qui a sorti la chambre haute du blocage et fait basculer la décision finale en se décidant à voter contre.
"Je crois qu'aujourd'hui est le jour le plus difficile de ma vie", a-t-il déclaré. "On me dit que je dois m'aligner sur le gouvernement pour des raisons institutionnelles, mais mon coeur me dit autre chose. Que l'histoire me juge, mon vote n'est pas pour, il est contre".
Ce vote pourrait déclencher une crise politique au gouvernement, alors que Cobo est membre de l'Union civique radicale, historiquement opposée au parti justicialiste (péroniste) de la présidente Cristina Fernandez, mais qui a intégré la concertation pluraliste sous son prédécesseur et époux Nestor Kirchner.
Mme Fernandez avait pris en mars un décret sur une augmentation de plus de 10% sur les taxes à l'importation sur le soja et autres céréales. Il s'agissait selon elle de faire rester les produits agricoles dans le pays et de redistribuer aux Argentins modestes les profits engrangés grâce à la hausse des prix alimentaires.
Un projet qui a déclenché une confrontation majeure entre le gouvernement et le secteur agricole, un des plus puissants lobbies du pays. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, les agriculteurs ont bloqué les routes et lancé des grèves à répétition,
Ces grèves et barrages à répétition ont conduit à des pénuries alimentaires, une réduction des exportations de céréales, et une chute de la cote de popularité de la présidente, entrée en fonctions en décembre dernier et qui vit là sa première crise majeure. En signe d'apaisement, celle-ci avait accepté en juin de soumettre son projet au vote du Congrès.
La chambre basse ayant donné son feu vert au paquet fiscal gouvernemental début juillet, il ne manquait que le vote du Sénat. Alors que les élus étaient réunis, 200.000 personnes ont encore manifesté mardi, avec les traditionnels "concerts de casseroles" de protestation.
L'incertitude régnait donc à Buenos Aires jeudi sur ce que va désormais faire l'exécutif, même si le gouvernement a déjà dit qu'il respecterait le vote.
L'Argentine est le troisième exportateur de soja et de maïs du monde, et le plus grand exportateur d'huiles et de farine de soja. Après cinq années de forte croissance économique (plus de 8%), due largement aux exportations céréalières, le pays a surmonté la dramatique crise économique survenue à la fin des années 1990. AP
nc/v
Précédent |
Envoyer à un ami |
Imprimer |
Suivant |
|---|