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Les manifestations ouïghoures ont gagné une deuxième ville de la province de Xinjiang, ont rapporté des témoins lundi, au lendemain des émeutes qui ont fait au moins 140 morts et 800 blessés dans cette vaste province de l'ouest de la Chine en proie à de vives tensions entre Ouïghours et Hans, selon un dernier bilan officiel.
En visite en Italie en prévision du sommet du G-8, le président chinois Hu Jintao n'a pas évoqué ces émeutes. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a de son côté appelé la Chine et les pays où se déroulent des manifestations violentes à tout faire pour préserver les vies des civils.
"Les gouvernements concernés doivent également faire preuve de la plus grande attention et prendre les mesures nécessaires pour protéger la vie et la sécurité de la population civile et de leurs citoyens", a déclaré M. Ban depuis Genève.
Dans l'ouest de la Chine, plus de 300 personnes ont manifesté lundi après-midi devant la mosquée Id Kah à Kashgar, selon Yagupu, un témoin qui a pris part au rassemblement. Les manifestants ont été encerclés par la police.
Les émeutes ont éclaté dimanche dans la capitale du Xinjiang, Urumqi, en marge d'une manifestation de 1.000 à 3.000 musulmans de l'ethnie ouïghoure, qui demandaient justice pour deux membres de leur communauté tués le mois dernier lors d'une bagarre avec des membres de l'ethnie han dans une usine du sud du pays.
Les circonstances précises des événements demeuraient floues lundi, mais les violences semblent avoir éclaté lorsque les manifestants ont refusé de se disperser. La télévision officielle chinoise a diffusé des images montrant des manifestants attaquer et frapper d'autres personnes, dont plusieurs avaient le visage en sang.
Selon Wu Nong, directrice du service de communication du gouvernement du Xinjiang, plus de 260 véhicules ont été attaqués ou incendiés et 203 maisons endommagées. Au moins 140 personnes ont été tuées et 828 blessées, a-t-elle ajouté, alors que l'agence officielle Chine nouvelle indiquait que le bilan "continuait de grimper".
Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées et la police était à la recherche d'environ 90 "suspects principaux", selon le chef de la police régionale Liu Yaohua, cité par Chine nouvelle. Des barrages routiers ont été installés à Urumqi et dans les préfectures voisines de Changji et Turpan pour empêcher la fuite des émeutiers, a-t-il précisé. Les services de téléphonie portable ont également été suspendus lundi dans la région.
Adam Grode, universitaire américaine travaillant à Urumqi, a décrit lundi une forte présence policière et militaire dans les rues de la ville. "Il y a des soldats partout, les policiers sont à tous les coins de rue. La circulation s'est complètement arrêtée, mais les gens marchent sur les trottoirs", a-t-il déclaré à l'Associated Press.
Les représentants de la communauté ouïghoure en exil ont condamné ces violences.
"Nous sommes extrêmement attristés par l'emploi de la force des forces de sécurité chinoises contre les manifestants pacifiques", a déclaré Alim Seytoff, vice-président de l'Association ouïghoure américaine, basée à Washington. "Nous demandons à la communauté internationale de condamner le meurtre d'Ouïghours innocents par la Chine."
Le gouvernement chinois a accusé les Ouïghours exilés d'avoir planifié ces "crimes violents, organisés et prévus, fomentés et dirigés depuis l'étranger, et perpétrés par des hors-la-loi dans notre pays".
Le Xinjiang, vaste province d'Asie centrale de 20 millions d'habitants, est en proie à des tensions persistantes entre les huit millions d'Ouïghours, pour la plupart musulmans, et les membres de l'ethnie han, majoritaire dans le reste du pays. Si les Ouïghours, qui mènent une campagne séparatiste depuis des années, sont majoritaires dans le Xinjiang, ce n'est plus le cas à Urumqi, aujourd'hui principalement peuplée de Hans du fait des récentes vagues d'immigration orchestrées par le gouvernement chinois.
Les violences de dimanche à Urumqi font par ailleurs écho à celles qui avaient fait 22 morts l'année dernière à Lhassa, la capitale du Tibet, à la suite d'une manifestation de moines. Pékin avait accusé le dalaï lama d'avoir encouragé ces troubles depuis son exil en Inde. AP
jp/v/tl
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